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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 19:22

 

TABLE RONDE N° 1 :

L’avenir de la monnaie unique et de l’industrie en Europe.

Quelle monnaie pour quelle industrie en Europe ?

 

L’industrie européenne souffre d’un euro cher qui affaiblit sa compétitivité et provoque de nombreuses délocalisations. Simultanément, la monnaie unique arrive à épuisement avec la crise de la dette souveraine, qui exacerbe les logiques centrifuges. La perspective d’un éclatement de la zone euro, hier improbable, est jugée inévitable aujourd’hui par de nombreux observateurs. Quelle politique monétaire doit être imaginée au service de la croissance et de l’emploi ? Peut-on encore « sauver » l’euro et à quelles conditions ? A défaut, faut-il en organiser la sortie et comment ? Quelles en seraient les conséquences ?
   

 

Animation :


Julien Landfried, Secrétaire national du MRC, chargé de la communication


Intervenants :


Alain Cotta, professeur d 'économie


Yves Le Henaff, directeur de banque


 

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             En préambule, Julien Lanfried a rappelé les positions de Jean-Pierre Chevènement sur l'avenir de l'euro : soit un changement des règles du jeu pour la zone euro (monétisation de la dette par la BCE, taux de change plus compétitif) qui implique une modification des traités (c'est le plan A) soit la transformation de l'euro en monnaie commune pour les transactions extérieures avec un nouveau « serpent monétaire » permettant des ajustements des monnaies nationales pour que les pays aujourd’hui asphyxiés retrouvent une compétitivité raisonnable (c'est le plan B).



 

              Le professeur Alain Cotta a ensuite dressé un état des lieux particulièrement pessimiste. Il a tout d'abord déploré l'incroyable désinformation qui règne dans le domaine économique. La plupart des économistes présents dans la presse et sur les plateaux TV sont payés par le pouvoir financier. Et si par exemple, ils ont clairement souligné à l'occasion de la crise de solvabilité des USA que la Chine possédait 1200 milliards d'obligations américaines, ils ont sciemment omis de préciser qu'elle avait également en caisse 600 milliards d'obligations européennes (dont françaises). De même, les diagnostics catastrophiques concernant l'avenir de l'euro venant de nombreux experts internationaux ne sont jamais relayés chez nous. La situation des banques – le Crédit Agricole notamment - minées par la dépréciation des obligations grecques et qui ne peuvent rester solvables que par les liquidités que leur apporte la BCE n'est pas plus évoquée.

(notons bien sûr que ces propos tenus le 03 septembre seront en grande partie confirmés par les faits quelques jours plus tard)

 

                   Le bilan de l'euro se résumant à un chomage de 10%, une croissance quasi nulle et un déficit du commerce extèrieur de 3%, l' alternative est donc de sortir de l'euro ou de mourir à petit feu.

Alain Cotta identifie 3 sorties possibles et raisonnables de la crise actuelle :

  • l'euro devient une monnaie commune (notre plan B).
  • l'euro se scinde en 2 monnaies : l'euro-sud et l'euro-nord.
  • l'Allemagne sort seule de l'euro.

   

               Mais pour des raisons politiques, aucune de ces solutions ne sera vraisemblablement adoptée. L'Allemagne ne prendra jamais une telle initiative et en France, la classe politique est allée beaucoup trop loin dans le fédéralisme pour faire marche arrière comme le prouvent les récentes déclarations sur l'euro (quasi similaires) d'Alain Juppé et François Hollande. Le PS n'ose même pas évoquer clairement la nationalisation des banques.

            Dés lors, la sortie la plus probable viendra des politiques d'austérité mises en place actuellement et qu'Alain Cotta juge démentes au regard du « processus cumulatif », béaba de la science économique. La récession qu'elles vont immanquablement entrainer et les désordres sociaux graves qui en résulteront provoqueront la fin de l'euro.

 

               Le point de vue d' Alain Cotta sur les capacités de ré-industrialisation de la France est plus fataliste encore. L'industrie manufacturière traditionnelle est déjà partie ailleurs et « ce qui est parti ne peut revenir aussi simplement » même en changeant de politique économique. Par ailleurs, la France n'a pas de tradition dans l'industrie mécanique (« on n'a jamais fabriqué un seul frigidaire »). Reste donc les nouvelles technologies dîtes « industries de l'information » mais qui sont peu créatrices d'emploi. Alain Cotta a qualifié de pantalonnade la récente mission parlementaire consacrée à la réindustrialisation. 



 

                 Conscient que le moral des militants ne pouvait descendre plus bas, Yves Le Hénaff a avoué d'emblée que selon lui, la crise de l'euro était irréversible car elle tient à des déséquilibres qui sont à la fois commerciaux, financiers et économiques. Le processus de mondialisation (Acte Unique, traité de Maastricht) combiné avec l'intégration de la Chine dans l'OMC ont provoqué des déséquilibres commerciaux. Les libéraux ont confié à la finance la gestion de ces déséquilibres par exemple en abolissant la distinction entre banque d'affaire et banque de dépôt. Ce qui a provoqué des déséquilibres financiers dont la résolution a elle-même emmené une crise monétaire. Si l'Europe n'avait pas de monnaie unique, elle pourrait au moins affronter celle-ci avec les instruments classiques de résolution (variation de taux de change) mais comme les pays européens n'ont qu'une seule monnaie, les déséquilibres réels s'accentuent (les salaires ont baissé au Portugal et en Espagne) et la crise monétaire en quelque sorte ne peut absorber les autres crises (économique puis financière)

Dans ce contexte, même les euro-bonds (euro-obligations) apparaissent comme une solution astucieuse mais conjoncturelle, les déficits réels restant ce qu'ils sont. Qui plus est, ils n'ont aucune base juridique. La BCE est certes totalement sortie du cadre des traités européens mais son président Jean-Claude Trichet a bien précisé que cela restait exceptionnel. Les traités demeurent et il faut quand même les changer.

                      L'idée d'un gouvernement économique de la zone euro va dans le bon sens, mais cela suffira-t-il ?

                           Celui-ci devrait se donner pour tache de rééquilibrer les balances de paiement entre pays européens, c'est à dire procéder à une politique d'aménagement du territoire, l'Allemagne devant accepter par exemple que l'Espagne ou l'Italie aient des industries de pointe.

                   Dés lors, on comprend que l'essence du problème est politique : Les européens ne forment pas un seul et même peuple. Il est donc difficile qu'une telle politique voit le jour.

             Cette question des peuples se retrouve dans les exigences qui sont formulées à l'égard de la Grèce et qui ignorent l'Histoire de ce pays. La Russie, la France et le Royaume-Uni qui la libérèrent de l'Empire Ottoman en 1829 exigèrent en échange un rétribution qui endetta lourdement le pays pendant 60 ans. On peut y voir l'origine d'une défiance envers l'État, d'un manque de structuration de celui-ci (difficulté à percevoir l'impôt) et aussi des autres péripéties politiques que ce peuple a subi (régime des colonels...) qui ont ajouté à la fragilité de l'État.

              Surtout, les dirigeants des pays européens ne savent pas ce qu'ils veulent. On n'a jamais dit quel euro on voulait et la construction européenne n'a jamais eu de but. Elle a été considérée comme une fin en soi. Les fédéralistes lorsqu'ils ont essayé de lui donner un projet ou simplement un idéal ont révélé des aspirations contradictoires.



 

               Julien Landfried a lancé le débat sur la question de la monétisation de la dette. Est-ce une bonne solution ? Celle-ci (la Banque Centrale augmente la masse monétaire pour que les états disposent de liquidités et ce, en échange de bons du Trésor) massivement appliquée aux USA et plus généralement par toutes les banques centrales (hors zone euro) a été interdite à la BCE (ainsi qu'à toutes les banques centrales nationales de la zone euro) par le traité de Maastricht (art 104) et aujourd'hui le traité de Lisbonne (art 123)

             Pour Jean-Pierre Chevènement, si la BCE se donne un rôle très clair de monétisation (pas seulement à titre exceptionnel) cela aura l'effet de stopper la spéculation sur la dette des pays européens . Mais politiquement, on se demande quand l'Allemagne donnera son aval à cette politique ou quand la France la demandera avec force, cessant de « sanctuariser » le couple franco-allemand.

 

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Le débat avec la salle a permis d'aborder d'autres questions.

  • L'inflation : Alain Cotta a affirmé que seul le recours à une forte inflation combiné avec la transformation de l'euro en monnaie commune pouvait empêcher le fort chômage que connaissent les pays européens de durer sur le très long terme. Jean-Pierre Chevènement a rebondi en affirmant que pour le conseil des gouverneurs de la BCE l'inflation était toujours considérée comme le diable et qu'ils fixaient un dogme absurde en maintenant son taux à 2% tout en sachant pertinemment que la contrepartie en était un taux de chômage à 9% (théorie du NAIRU "Non accelerating inflation rate of unemployment"). Une inflation annuelle à 4% redonnerait de l'air à notre économie. La concurrence des pays à bas coût empêchant celle-ci de grimper aux taux qu'elle avait sous Giscard (12-13%). Reprenant l'expression de Bruno Moschetto (qui interviendra dans la table ronde n°3) il a parlé de fixismes à abattre tant à propos du taux d'inflation que d'une certaine dose de protectionnisme à l'échelle européenne. Des taxes corrigeant les écarts de salaire avec les pays émergeants prouveraient que l'industrie en France n'est pas finie et démentiraient les sombres perspectives d'Alain Cotta.

  • Le rôle de la Chine : Alain Cotta a confirmé que les chinois étaient devenus les maîtres du jeu (les créanciers du monde) Ils n'ont commis aucune erreur, ont obtenu des USA une parité fixe entre le yuan et le dollar, ce qui empêche désormais ces derniers de dévaluer.

  • Keynes : A une question de la salle, Alain Cotta a répondu que l'idée de Keynes d'une banque mondiale et d'une monnaie commune (à la planète) adossée à l'or restait dans la situation actuelle théoriquement pertinente mais impossible politiquement à mettre en œuvre. Par ailleurs, personne ne sait où se trouvent aujourd'hui les réserves en or.

 

En guise de conclusion, Yves Le Hénaff a rappelé que les marchés financiers étaient des géants aux pieds d'argile et que leur force résidait dans le bluff.

 


Par comité 31 - Publié dans : Université d'été
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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 19:10

 

TABLE RONDE N° 2 :

Echapper à la thérapie de l'austérité en Europe et sortir du piège de la dette.  

    

En apportant les garanties nécessaires pour éviter le naufrage bancaire et la panne de liquidités, les États se sont fragilisés. Les dettes publiques se sont accrues en recyclant l’endettement privé. Inféodés aux injonctions des agences de notations, les États peinent à lever l’emprunt sur les marchés. L’augmentation des taux (qui ont dépassé 20 % en Grèce) empêche les États d’honorer le service de la dette. Dans cette situation d’impasse, l’Union européenne a mis en place des dispositifs de soutiens assortis de politiques d’austérité sans précédents. D’une part les mécanismes d’aide s’avèrent insuffisants en volume, d’autre part l’orthodoxie budgétaire aggrave le mal qu’elle prétend combattre : les recettes des États se contractent plus rapidement que la réduction des déficits. Comment sortir du piège de la dette et offrir une autre perspective que la cure d’austérité à laquelle les gouvernements européens se sont livrés ? Faut-il restructurer et relocaliser la dette des États ?

  


Animation :


Patrick Quinqueton, Secrétaire national du MRC, chargé des prises de position


Intervenants :


Antonella Stirati, professeur d'économie à l'Université de Rome


Henri Sterdyniack, directeur du département économie de la mondialisation à l'OFCE


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             D'emblée, les participants à cette table ronde ont tous affirmé qu'il n'y avait pas de « crise de la dette » en soi comme on l'affirme partout. La dette est une manifestation de la crise, une conséquence mais elle n'est ni la crise en soi, ni son origine.

               « Il n'y a pas de gonflement des dépenses publiques » note Henri Sterdyniak  avant de préciser que la dette s'accroit non seulement à cause de la crise mais aussi par la baisse ou la suppression des impôts sur la fortune et l'incapacité internationale à s'attaquer aux paradis fiscaux malgré les déclarations d'intention.

               Après avoir déploré que de tels débats soient quasi-inexistants en Italie, Antonella Stirati a pointé du doigt la renonciation à une politique monétaire et le déficit de la balance extérieure comme étant selon elle les véritables origines de la dette publique. Elle a également noté que l'Espagne avait une dette inférieure de 50% à celle de l'Allemagne ou de la France, ce qui ne l'avait pas empêchée d'être attaquée par les spéculateurs. Le Japon, pays le plus endetté du monde (229% du PIB) connait beaucoup moins de problèmes que les pays de la zone euro. Leur faiblesse vient de l'indigence de la BCE qui n'offre pas de garanties. Pour faire face à la crise, elle a commencé à racheter des titres de dette sur les marchés secondaires mais n'a aucune mission claire à ce sujet.



 

                   Pas de divergence non plus à propos de la stratégie d'austérité coordonnée au sein de la zone euro. Celle-ci ne peut qu'entrainer la récession car en réduisant la dépense publique, on réduit aussi la croissance, le travail et finalement l'épargne. Henri Sterdyniak précise que depuis le 1er plan d'austérité en Grèce en 2010, les rentres fiscales ont baissé de 9%. Le poids de cette politique repose essentiellement sur les ménages qui paient le prix fort non pour une mauvaise gestion des finances publiques – dont ils seraient responsables en tant que citoyens – mais pour un gonflement des capitaux en quête de profits immédiats. L'exemple de la Grèce prouve que cette politique n'a même pas la vertu de rassurer les marchés. Qui plus est, même si un pays de la zone euro choisissait de s'affranchir de ce plan européen pour tenter une politique de relance, le poids des échanges intra européens est tel que l'austérité généralisée chez ses voisins minerait ses efforts.

 

                    Henri Sterdyniak ajoute deux réflexions plus politiques :

  • Le choix de l'austérité en Europe est une tendance lourde bien antérieure à la crise de l'euro, notamment en Allemagne. Or, à rebours de sa tradition, celle-ci devient un pays de plus en plus inégalitaire. Depuis quelques années, la pauvreté y est en nette augmentation.

  • L'allégeance à « la règle d'or » dans la classe politique française correspond à une inversion totale de positionnement. Quand François Bayrou la proposa dans son programme de 2007, il y eu quasi-unanimité pour en rejeter l'idée.

 

 

Quelles solutions ?

 

             Pour Antonella Stirati, les euro-bonds sont une bonne idée, non seulement pour soutenir les pays en crise mais aussi pour financer la reprise. La monétisation de la dette ne présente pas de risque majeur d'inflation car il y a beaucoup de possibilités de production non employées. L'Allemagne doit prendre ses responsabilités en augmentant sa demande interne, donc ses salaires.

                 Cette dernière proposition a de quoi plonger dans l'expectative dans la mesure où les salaires allemands sont déjà les plus élevés de la zone euro. Inversement, le plan imposé à la Grèce revient à demander à ceux qui ont les salaires les plus bas de se serrer encore un peu plus la ceinture. On mesure là combien la réalité de l'euro nous emmène à rebours des déclarations d'intention de ses promoteurs (harmonisation des niveaux de vie, fraternité entre les peuples...) Antonella Stirati note que néanmoins les salaires allemands en terme de redistribution représentent une part faible des bénéfices.

 

                   Henri Sterdyniak propose d'émettre des euro-bonds mais sans le chantage du Pacte de stabilité (limite des déficits publics à 3% du PIB) et plus anecdotiquement d'interdire aux agences de notation de nous noter. Mais s'il n'y a pas de réapréciation du yuan et plus globalement de hausse de la demande interne de la Chine et de l'Allemagne, alors les mesures protectionnistes s'imposent. Les pays dominants doivent servir de locomotive soit par transfert, soit en important.

                Catherine Coutard doute que même si l'Allemagne augmente sa demande interne, cela lui donne un un rôle de locomotive si on ne met pas en place une « préférence européenne »

 

             Peut-on répudier la dette même seulement en partie ? Pour Antonella Stirati, cela nécessiterait à tout le moins la nationalisation du secteur banquaire et une banque centrale qui ne soit plus indépendante du pouvoir politique.


 

                 6132642701_c8ea2f94fa_m.jpg   Reste la question purement politique : la France, l'Allemagne et l'Italie, les trois pays les plus peuplés de la zone euro ont leurs échéances électorales principales entre 2012 et 2013. « Un changement politique en France et en Allemagne notamment peut-il emmener un changement de politique économique en Europe ? «  demande Antonella Stirati.

              « C'est la question principale » reconnaît Jean-Pierre Chevènement qui informe la salle que le SPD a prévu en cas de victoire aux législatives de nommer comme chancelier non son président Sigmar Gabriel mais Peer Steinbrück, ancien ministre des finances (d'Angela Merkel à l'époque de la coalition CDU-SPD) réputé pour son orthodoxie économique. Il n'y a donc pas de construction politique alternative dans les 3 pays concernés.

 

Seule la pression des évènements peut emmener les dirigeants européens

à changer de politique,  a-t-il conclu.

 

 

Par comité 31 - Publié dans : Université d'été
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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 18:52

 

TABLE RONDE N° 3 : 

           Renversement, retournement, démondialisation, fin du libre marché :

les contours d'une nouvelle souveraineté 

 

Un vent nouveau anime le débat en matière économique : face aux défaillances du capitalisme financier, des voies de rupture semblent préfigurer un retour de l’Histoire. Nombre d’intellectuels et d’économistes empruntent les voies d’une déconstruction du modèle de la globalisation. Pris dans l’étau des politiques d’austérité, les peuples européens protestent activement et manifestent leur désir de s’approprier leur destin. Face à l’impuissance des modèles sociaux démocrates et libéraux conservateurs, la question de la souveraineté et de la puissance politique revient au centre du jeu. Selon quelles modalités ? Dans quel cadre institutionnel ? A quelle échelle ? La crise politique peut-elle encore être évitée ?


Animation :


  Bastien Faudot, Secrétaire national du MRC, chargé de la formation et des universités d'été


Intervenants :


          Bruno Moschetto, ancien banquier, universitaire,

auteur de "Tout savoir - ou presque - sur la face cachée de l'euro" (Arnaud Franel 2011)


Hervé Juvin, économiste,

auteur de "Le renversement du monde" (Gallimard 2010)


 

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                     Bruno Moschetto a commencé son exposé en affirmant que même si les crises de 2007 et 2009 n'avaient pas eu lieu, notre situation économique et sociale serait probablement la même. En effet, on observe une contraction de l'activité économique au niveau mondial depuis 2000, elle-même due à la déflation salariale (conséquence des délocalisations). D'où la recherche de produits de substitution aux salaires tels les subprimes. Au passage, Bruno Moschetto note que les ménages qui avaient souscrit à ces prêts n'étaient pas insolvables au départ comme on l'a répété à satiété. C'est la hausse du chômage combinée à l'effondrement des cours de l'immobilier dont elle est une des causes qui a provoqué leur défaut de paiement.

               En soi, on ne peut pas parler d'une seule et même crise mais plutôt d'un cycle infernal. La prochaine étape sera peut-être une crise de l'endettement des entreprises vers 2013.

                  Comme les intervenants des précédentes tables rondes, Bruno Moschetto a noté à quel point la question des dettes souveraines est sciemment dramatisée. Il est absurde de comparer au PIB (annuel) la dette globale (qui court sur 10 ans). Seule compte la part de dette qui arrive à échéance. Les états sont immortels et la dette ne présente pas de risque majeur tant qu'elle est dans leur propre monnaie. La notion de « pays en faillite » chère à François Fillion n'a pas de sens. (rappelons que le 1er ministre avait prononcé cette phrase avant la crise banquaire, donc avant que l'état ne vienne au secours des banques puis de la Grèce, etc... La France aurait donc du exploser)



 


6132643043_b8a8faaeb9_m.jpg                       Bruno Moschetto met en garde contre la tentation de faire de l'anti-libéralisme le remède à la crise. Le libéralisme en tant que modèle théorique n'est pas appliqué. Il lui manque un élément crucial : une immigration totalement libre. Si tel était le cas, la France compterait 3 fois plus d'habitants; les salaires seraient homogénéïsés (fortement vers le bas) et les délocalisations n'auraient plus lieu d'être. La mondialisation parfaite tuerait la mondialisation telle que nous la connaissons aujourd'hui. Or précisément, pour Bruno Moschetto, le déséquilibre majeur qui est au cœur de la crise européenne se résume à la formule « Les capitaux bougent et les hommes demeurent ». Alors que les mouvements de capitaux n'ont fait que s'accélérer au fil de l'intégration européenne et de la globalisation financière, les européens n'émigrent plus au dedans de l'Europe comme ils le faisaient au début du XX° siècle. Compenser ce déséquilibre demanderait pour l'Europe de décupler son budget communautaire et d'opérer une redistribution vigoureuse vers les nations les plus fragiles économiquement (cf Yves Le Hénaff table ronde n° 1 qui parlait d'aménagement du territoire européen) ce qui est politiquement irréaliste.

 

Dés lors, il n'y a de solution que dans la reconquête de marges de souveraineté à l'échelle nationale.

  • Tout d'abord en érigeant des barrières contre les flux financiers, ce qui est beaucoup moins difficile que dans le domaine commercial. Cela passe par la séparation des banques de dépôt et des banques d'affaires : dissociation en droit de leurs activités, déconnexion entre les établissements avec interdiction de prêts ou de prises de participations de l'une à l'autre, nationalisation puis démembrement des banques dites « too big to fail » (dont la faillite éventuelle fairait courir des risques à l'ensemble du système banquaire).

  • Ensuite, recourir aux euphorisants qui prévalaient lors des Trente Glorieuses et pour cela abandonner les « fixismes » - budgétaire, monétaire et cambiaire.

  • 1→ Redonner à chaque nation de l'Europe sa souveraineté budgétaire (et donc fiscale) en supprimant le double plafond sur le budget et la dette.

  • 2 S'autoriser une inflation à 6% (cet impôt sur la monnaie selon la formule d'Alfred Sauvy) qui augmenterait les recettes de l'État (en lui évitant sa pénible chasse aux niches fiscales). Un choix profondément politique qui est celui de l'euthanasie des rentiers contre le chômage insupportable des jeunes indignés.

  • 3 Revenir au change flexible issu du SME avec la coexistence de l'euro et des monnaies nationales pour permettre des réajustements de compétitivité.

 

 

                   images-copie-1.jpg Pour Hervé Juvin, nous assistons à un renversement géographique (les nouveaux maîtres du monde sont les créanciers du monde) en même temps qu'à l'épuisement du dogme de l'interdépendance cher aux libéraux. Les pays qui sont le moins dans l'interdépendance comme la Chine ou l'Inde n'ont que très peu subi la crise de 2007. La spéculation sur les dettes souveraines met en lumière cette évolution. Le Japon – l'état le plus endetté (229% du PIB) – l'est à 93% à l'égard des japonais eux-mêmes. A l'inverse la dette espagnole, si elle ne représente que 60% du PIB est détenue à 90% par des créanciers extèrieurs (70% pour la France). On peut donc parler de néo-colonisation financière. Un expression qui permet au demeurant de nous distinguer clairement du FN dans le débat politique.

 

Comment alors relocaliser la dette, la renationaliser en quelque sorte ?

Hervé Juvin propose 3 pistes :

  • jouer sur la pression fiscale

  • lancer un programme d'économies : 50% des dépenses publiques sont sujettes à économie selon lui.

  • Racheter peu à peu la dette par le biais d'un secteur bancaire public, après avoir procédé à la renationalisation des banques qu'Hervé Juvin préconise sur un modèle coopératif permettant l'accès direct des citoyens au capital de celles-ci.

 

 

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                 Par ailleurs, l'Europe ne plus être pensé avec le prisme de la paix; En 1992, Helmut Kohl disait à François Mitterrand : « Dépêchons-nous de faire l'Euro car le souvenir de la 2ème Guerre Mondiale sera bientôt trop loin. » Ce temps est arrivé aujourd'hui. Les jeunes générations pour lesquelles la paix est un acquis ont besoin d'un autre discours. Or, l'Union Européenne est la zone la plus naïve du monde. Les États-Unis et la Chine parlent de libre-échangisme mais quand l'intérêt national est en jeu ils font du protectionnisme.

 

                 Dés lors, il convient de se poser d'abord la question de ce qui est juste, de ce qui est moralement bien. Or, le critère de la moralité est totalement absent des débats quand on se situe à l'échelon européen. Par exemple dans la crise irlandaise, personne n'a posé l'alternative : « où vous bénéficiez du fond structurel et vous abrogez vos mesure de dumping sur la fiscalité des entreprises où vous gardez votre taux d'imposition très bas sur les sociétés et... vous quittez l'Europe. »

 


Par comité 31 - Publié dans : Université d'été
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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 18:15

 

TABLE RONDE N° 4 :

Renouer avec les classes populaires,

comprendre la nation, faire vivre la démocratie.

 

La situation économique et politique prend toutes les apparences de l’urgence. Alors que des choix décisifs sont à l’agenda, l’ascension du Front National, l’exécutif impopulaire et l’incapacité de l’opposition à se structurer laissent le peuple orphelin. Les conséquences de la mondialisation (chômage, déclassement des couches populaires et des classes moyennes, questions migratoires) provoquent de nouvelles fractures dans la société française. A la veille du grand débat de 2012, la stratégie de la gauche demeure à cet égard très hésitante. Pourtant, les enjeux exigent une dynamique nouvelle pour aider la Nation à reprendre confiance en elle. Sur quel peuple la gauche pourra-t-elle s’appuyer ? Quel langage doit-elle tenir aux citoyens dont elle entend recevoir le mandat ? Comment renouer avec les classes populaires qui désertent le débat public ?

 

 

Animation :

  Marie-Françoise Bechtel, Vice-présidente du MRC


Intervenants :


          Jean-Yves Autexier, ancien sénateur MRC


Stéphane Rozes, Président de Conseils, Analyses et Perspectives,

enseignant à Science Po et HEC 


  Philippe Guibert, sociologue,

co-auteur de "Le descenseur social, enquête sur les milieux populaires" (Plon 2006)


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                      Pour Stéphane Rozes, la principale évolution des classes populaires, c'est précisément qu'elles ne se voient plus comme telles. La classe ouvrière se voyait jadis comme l'avenir de l'humanité. La chute du mur de Berlin, la globalisation ont modifié son imaginaire. Et les ouvriers actuels contrairement à leurs pères se considèrent d'abord comme des citoyens avant d'être des ouvriers.

                            Le retour à la nation, à la République a ainsi été opéré par le peuple avant ses élites. Si le mythe ouvriériste s 'est effacé, l'imaginaire français demeure donc et a occupé toute sa place lors de l'élection présidentielle de 2007. Quelle est ma contribution au commun, quelle est ma place dans la société ? La réponse à ce questionnement, à cette demande de projection dans l 'avenir est dans les classes populaires plus forte que les soucis économiques et sociaux immédiats.

                       Avant 2005, les responsables politiques français pouvaient se décharger sur Bruxelles de leurs propres contradictions. Après le résultat du referendum sur le TCE, ce n'était plus possible. C'est ce qu'ont compris aussi bien Nicolas Sarkozy que Ségolène Royal qui chacun à leur manière ont perçu qu'il fallait aux classes populaires – qui font l'élection - une incarnation et que cet enjeu dépasserait l'évaluation de leurs compétences respectives.

                         Stéphane Rozes estime que la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 ne se réduit pas à un simple siphonnage des voix du FN comme c'est souvent dit mais s'explique par le fait qu'il ait su donner à chacun une place positive dans la société à travers le triptyque : reconnaissance du mérite, pouvoir d'achat, sécurité.

                          Bien sûr, l'exercice de son mandat n'a pas été à la hauteur de ces espérances. Si les classes populaires ne lui tiennent pas grès d'avoir été pris à rebours par la crise, elles lui reprochent d'avoir instauré la défiance sur les fondamentaux de la République. De plus, son utilisation du besoin de moraliser des français pour désigner la finance internationale comme le mal conduit à un sentiment d'impuissance. D'où le rejet dont le président fait l'objet actuellement. En soi, le monde de la finance n'est ni moral ni immoral. Il est juste amoral. Les citoyens ressentent le besoin d'un sur-moi collectif – comparable au moi collectif français – et dont l'absence fait la force de la finance.


 

                 Le sociologue Philippe Guibert situe lui aussi le tournant pour les classes populaires aux années 2005-2007. Les salariés ont vécu à ce moment-là l'intrusion de la globalisation dans leur vie quotidienne au delà des délocalisations. Depuis 2008, ils ont également pris conscience de la financiarisation de l'économie, du poids qui est le sien sur le travail, sur les conditions de travail... Aujourd'hui, pour les classes populaires, le futur, la plupart du temps se réduit à quelques mois. Paradoxalement, elles ont également intégré l'incertitude sur le présent à force d'entendre les élites l'affirmer. Le Français est pessimiste...

                      En 2007, Nicolas Sarkozy avait été élu sur le volontarisme mais la déconvenue après le slogan « Travailler plus pour gagner plus » laisse une image dominante d'impuissance du politique.

 

                       A travers ses recherches de sociologue, Philippe Guibert a découvert la grande capacité des milieux populaires à s'adapter, à imaginer des solutions pour s'en sortir, loin de l'image véhiculée par les médias de populations tétanisées par la crise. Il a également constaté la montée en puissance d'un sentiment d'allergie fiscale très fort dans les classes populaires. En augmentant les impôts (y compris indirects), le politique n'est plus simplement impuissant et inefficace. Il devient aussi nuisible.

                   Les solutions proposées par le PS qui se résument à favoriser les négociations salariales ne sont pas convaincantes. La variété des situations (classe ouvrière beaucoup moins homogène) due à la désindustrialisation, à la précarisation, etc... fait que chacun est centré sur sa rémunération personnelle (d'où le succès de la formule sus-citée de Nicolas Sarkozy en 2007). Elle explique aussi la faible adhésion aux syndicats.

               La Gauche doit donc résoudre d'abord et avant tout la question de la sécurité professionnelle des classes populaires. Si elle se veut social-démocrate, elle se doit d'aborder également la question du syndicalisme qui reste un contrepoids à l'individualisme. De plus, dans une vraie social-démocratie, il y a fusion entre le mouvement syndical et le mouvement mutualiste.

                    Ces constats (impuissance du politique, allergie fiscale) expliquent la prégnance du Front National dans les milieux populaires. La force de Marine Le Pen est de lier insécurisation physique, économique et culturelle.

 

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                Jean-Yves Autexier  a rappelé les étapes qui ont emmené le PS a remplacer sa politique sociale par une politique sociétale. La récente suggestion du think thank Terra Nova au PS de ne plus chercher les suffrages de la classe ouvrière et de viser plutôt "les diplomés, les jeunes, les minorités, les femmes" en est l'aboutissement. Elle fait pièce à la fameuse déclaration de Lionel Jospin lors de sa campagne de 2002 :  "L'état ne peut pas tout". Cette résignation fait peine à voir : ce n'est pas parce que les classes populaires votent à droite qu'on doit les définir comme perdues.

                  D'abord connaître les couches populaires, puis répondre à leurs besoins qui sont ceux du pays : tel devrait être le credo de toute la Gauche. Il y a en effet une forte coïncidence entre les attentes du peuple et la nation elle-même car la dégradation inéquitable dans les rapports entre le travail et le capital sape la cohésion nationale. Aussi, en écho à Philippe Guibert, J-Y Autexier a affirmé que le projet du candidat socialiste ne sera pas crédible s'il n'offre pas la perspective d'une sécurisation économique. L'autre point clé est l'éducation nationale car l'école est le point amiral où les classes populaires voient (contrairement à avant) que l'égalité n'est plus. Or, les bouleversements dus à la mondialisation n'empêchent pas le sentiment d'égalité de demeurer une passion française.

 

 

En conclusion, Stéphane Rozes a énoncé deux « axiomes » en guise d'avertissement pour les prochaines élections présidentielles :

 

1 : Ce ne sont jamais les médias qui font l'élection comme le déplorent parfois les militants. C'est toujours le pays « qui taille le costume » du Président. Le candidat qui sait le mieux s'y glisser est victorieux. (d'où une interprétation savoureuse de l'anecdote du Fouquet's et du yacht de Bolloré : l'effort pour se glisser dans le costume du candidat volontariste et incarnant le peuple avait été si éprouvant pour Nicolas Sarkozy que sitôt la victoire acquise il s'en soulagea en redevenant lui-même). Pour gagner, un candidat doit dire ce qu'il reçoit du pays.

 

2 : Majoritairement la France est à gauche sur les valeurs républicaines, dans son interprétation de celles-ci mais elle est à droite sur le possible.


 

6132643119_65e995a40f_m.jpg Un moment de détente après les débats. Devant le chateau de Carros, Ladislas Polski, président du MRC en région PACA, Jean-Pierre Chevènement et Antoine Damiani, maire de Carros

 

 

 

 

Par comité 31 - Publié dans : Université d'été
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Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 10:45

 

Cette fois, ca y est !!

 

Jean-Pierre Chevènement a officialisé samedi soir au JT de France 2 sa candidature à l'élection présidentielle de 2012.

 

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Dans une interview au «Parisien» - «Aujourd'hui en France» parue dimanche,

il dessine les axes de sa future campagne.

 


Vous êtes donc candidat ?

 

Oui. J’ai beaucoup réfléchi, écouté. Et je suis candidat à l’élection présidentielle pour faire bouger les lignes. Ma candidature se veut pédagogique à l’égard des citoyens mais aussi des autres candidats. Ceux qui nous dirigent ne sont malheureusement pas préparés à faire face aux secousses très fortes qui sont devant nous.

La crise que traverse le pays a-t-elle été l’élément déclencheur ?

 

Assurément car cette crise est sous analysée. Voilà vingt ans, j’ai pris position contre le traité de Maastricht que tous ceux qui nous dirigent ont soutenu. Le vice est dans la conception de la monnaie unique : on ne peut pas transférer la souveraineté monétaire de 17 pays très différents par leurs structures économiques, leurs langues et leurs options politiques à un aréopage de banquiers centraux, irresponsables et obnubilés par l’inflation. Après hier, le défaut partiel de la Grèce, aujourd’hui l’Italie, demain l’Espagne, ce qui nous menace, c’est une récession généralisée ! Nicolas Sarkozy ne nous offre qu’une austérité à perte de vue : son horizon est le maintien du triple A. La souveraineté populaire a été transférée aux agences de notation ! Quant à François Hollande, il promet de réduire le déficit budgétaire à 3 % du PIB en 2013 sans remettre en cause la logique actuelle de la monnaie unique. Pour sortir de l’impasse, la solution consiste à donner à la Banque centrale européenne les mêmes prérogatives que la Banque centrale américaine afin qu’en rachetant les titres de dette des Etats, elle puisse casser la spéculation et doper la croissance.

Etes-vous le candidat de la fin de l’euro ?

 

L’abandon de la monnaie unique au profit d’une monnaie commune n’est pas un tabou pour moi, si l’Allemagne persiste dans son refus d’étendre les missions de la Banque centrale. La monnaie unique, qui méconnaît les réalités nationales, a creusé un gouffre entre une Allemagne industrielle et excédentaire et les économies du sud de l’Europe, déficitaires et en voie de désindustrialisation. Si la Grèce et surtout l’Italie devaient un jour faire défaut, ce serait le début d’un processus de dissociation de la monnaie unique. Il faudrait alors préparer le passage le plus harmonieux possible de la monnaie unique à une monnaie commune. Celle-ci utilisable dans les échanges extérieurs coexisterait avec des monnaies nationales réservées aux transactions intérieures.

Quels sont les points clés de votre programme ?


Nos dirigeants sont comme ceux de 1940 : ils ne sont pas préparés à faire face à des événements qu’ils ne comprennent pas, car ils sont la conséquence des choix faits par eux il y a vingt ans. Quatre repères d’intérêt vital pour la France et pour la République motivent ma candidature.

  • D’abord une monnaie moins chère : l’euro, surévalué de 25 %, écrase notre compétitivité. Notre base industrielle, sans laquelle nous ne pourrons maintenir une protection sociale efficace, a rétréci de moitié depuis trente ans.
  • Deuxièmement, la croissance plutôt que la récession.
  • Troisièmement, la sauvegarde de notre souveraineté budgétaire et fiscale : notre dissuasion nucléaire elle-même peut être menacée par des restrictions budgétaires.
  • Enfin, une France forte est nécessaire pour construire une Europe européenne appuyée sur les nations. L’Europe n’est pas mûre pour une fédération qui serait aujourd’hui un espace essentiellement disciplinaire : le « saut fédéral » que certains préconisent à droite comme à gauche serait un saut dans le vide, sans élastique et sans retour. Ce qu’il faut, c’est une Europe européenne à forme confédérale.


Le projet socialiste vous paraît-il à la hauteur de l’enjeu ?

 

Il y a quelques bonnes idées mais il est irréalisable dans un contexte de croissance réduite à 1 %, et encore… Son défaut est de ne pas chercher une issue progressiste à la crise de l’euro.

François Hollande a-t-il les épaules pour diriger le pays dans un contexte de crise grave ?

 

L’expérience, cela s’acquiert… François Hollande est un homme fin et intelligent. Mais, en fidèle héritier de Jacques Delors, il a été pour le traité de Maastricht, puis pour la Constitution européenne. Je ne suis pas candidat contre François Hollande. Je veux aider la gauche et la France à se mettre à la hauteur des défis. Cela ne peut se faire autrement que sur la place publique : il faut un dialogue ouvert et franc. Je tiendrai un discours de vérité pour éviter toute déception ultérieure.

Le candidat socialiste a déjà mis en garde contre les risques d’éparpillement de la gauche…

 

Nous n’en sommes pas là. Ma voix manquerait si on ne l’entendait pas s’élever aujourd’hui. Je ne suis motivé que par le souci de servir le pays dans une période critique. Pourquoi la voix de Mme Joly serait-elle légitime et pas la mienne ?

Un nouveau 21 avril 2002 est-il possible ?

 

En 2002, déjà, j’ai mis en garde contre l’omnipotence des marchés financiers, j’ai proposé une politique industrielle, le redressement de l’Europe, des repères clairs pour l’école, la sécurité, l’intégration : je n’ai eu le tort que d’être en avance sur les événements. Ceux qui, depuis des décennies, ont fait le lit du Front national par leur ralliement au néolibéralisme essaient de renverser les rôles pour me faire porter le chapeau. Une voix républicaine doit s’élever pour proposer une politique conforme à l’intérêt national. Elle fera barrage au Front national.

Le patriotisme n’est-il pas un peu vieux jeu ?

 

Non. Le patriotisme, c’est l’amour des siens, le nationalisme, c’est la haine des autres. La nation est le cadre irremplaçable de la démocratie et de la souveraineté. Je suis un candidat patriote, ce qui ne m’empêche pas de vouloir redresser l’Europe.

En cas de victoire en 2012, seriez-vous prêt à participer à un gouvernement de gauche et des écologistes ?

 

Je ne demande rien pour moi-même. Je veux débattre, y compris avec les écologistes. Qui sait que la fermeture du tiers de notre parc nucléaire coûterait 250 Mds€ et renchérirait de 40 % la facture d’électricité pour les Français ? Pour un contrat de gouvernement, il faudrait surmonter des divergences très importantes. Ce n’est pas ma perspective.

Quel type de campagne allez-vous mener ?

 

J’irai dans les usines. L’avenir de la France passe par sa réindustrialisation. La reconquête de l’électorat ouvrier, cela me paraît essentiel. Les couches populaires se reconnaîtront dans ma campagne.

Avez-vous vos 500 parrainages ?

 

Beaucoup de maires m’ont promis de me soutenir. J’ai déjà à peu près la moitié de mes parrainages. Je crois en la dynamique de ma campagne.

Vous étiez ministre en 1981, vous êtes candidat à l’élection présidentielle trente ans plus tard : n’est-ce pas la campagne de trop ?

 

Dans une période de crise, les Français ont besoin d’un homme d’expérience et de caractère. Le renouvellement, je le ferai autour de moi en défendant les intérêts de notre jeunesse sans la flatter à travers un « jeunisme » démagogique.

PROPOS RECUEILLIS PAR ERIC HACQUEMAND

Par comité 31 - Publié dans : JPC en campagne
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