Chevènement présente son programme

Publié le par comité 31

Le  13 novembre Jean-Pierre CHEVÈNEMENT a présenté son programme, place de la République.


 Pour faire rebondir la France, trois priorités et vingt chantiers

Les attentes dans notre pays sont immenses. Le 29 mai 2005 une majorité de Français a demandé la réorientation de la construction européenne et exprimé son souhait de voir notre pays rompre avec des politiques paresseuses et sans imagination, qui depuis plus de deux décennies ont installé la France dans un chômage de masse.

Le 29 mai 2005 nos concitoyens ont montré courage et conscience politique. Ils ont rejeté le projet de « Constitution européenne », parce qu'ils comprennent désormais que leurs souffrances procèdent d'une Europe qui ne les protège pas, bien au contraire, et d'orientations qu'ils ne maîtrisent plus. Ils font le lien.

Ils savent que le marché européen est un ventre mou, offert à tous les coups, avec des inégalités de salaires structurelles qui vont de 1 à 20. L'euro cher - 50 % de plus qu'en l'an 2000 - pénalise nos exportations, décourage l'investissement, précipite les délocalisations. Et la Banque Centrale Européenne laissée à elle-même prévoit d'augmenter encore ses taux d'intérêt en décembre alors que l'inflation n'est qu'à 1,6 % ! Il n'y a pas de politique de change. Il n'y a plus de pilote dans l'avion ! Et nous ne pouvons pas financer nos déficits avec des bons du Trésor, c'est-à-dire avec de la monnaie de singe, comme les Etats-Unis, car à la différence du dollar, l'euro n'est pas une monnaie mondiale. La France fout le camp. Thomson a abandonné ses téléviseurs au chinois TCL, Péchiney, l'aluminium vendu au nord-américain Alcan, Arcelor, l'acier vendus à un groupe familial indien Mittal, les Chantiers de l'Atlantique, la construction navale, vendus à un groupe norvégien Aker-Yards. Les fleurons de notre technologie sont à la merci d'une OPA. Quand les centres de décision émigrent, les sites de production et les laboratoires suivent tôt ou tard. Airbus fabrique de plus en plus dans la zone dollar, moins chère. Hausse des tarifs et pannes d'électricité, on voit les résultats de la dérégulation du marché de l'énergie mise en œuvre par nos gouvernements successifs depuis dix ans.

Même si les entreprises du CAC 40 voient exploser leurs bénéfices, la France subit : croissance ralentie, taux d'emploi insuffisant, colonisation de notre industrie, délocalisations industrielles, affaiblissement de la politique de recherche, faiblesse de l'investissement dans l'enseignement supérieur … Même si ceux qui vivent de la mondialisation voient leurs revenus, notamment financiers, s'envoler, la France et notamment le monde du travail souffre : le chômage de masse touche en réalité trois à quatre millions de personnes. La précarité s'étend. Il y a 7 millions de travailleurs pauvres. Le pouvoir d'achat des salariés stagne, voire régresse. Les classes moyennes sont touchées à leur tour. Les jeunes, y compris les diplômés, vivent un véritable appauvrissement. L'ascenseur social ne fonctionne plus. L'intégration des jeunes issus de l'immigration est de plus en plus difficile. La société française est bloquée.

Peu de ceux qui nous gouvernent ou aspirent à le faire mesurent la profondeur de la crise, si on en juge par le caractère superficiel, voire dérisoire, des mesures proposées pour y faire face. Comme l'a relevé Emmanuel Todd, « l'idéologie dominante interdit tout débat sur le libre échange ou sur une préférence économique communautaire ».

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Première priorité : réorienter la Construction européenne pour relancer la croissance et l'emploi
De l'Europe beaucoup de choses dépendent. Contre le chômage on a peut-être « tout essayé » mais dans le cadre de l'orientation libérale commandée par l'Europe telle qu'elle s'est faite jusqu'à présent. Les candidats qui avaient proposé de constitutionnaliser les orientations de la même politique, qui depuis vingt ans a creusé le gouffre du chômage et des inégalités, et les a coupés du peuple, ces candidats font profession aujourd'hui de se remettre à son écoute. Mais force est de convenir que l'Europe n'occupe, en général, qu'une place marginale dans leurs discours.
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Seconde priorité : remettre la France d'aplomb

La France est notre principal levier pour agir en Europe et dans le monde. Ne la laissons pas démolir ! Foin des repentances orchestrées ! Notre histoire doit être connue, avec ses ombres et ses lumières. Elle est éclairée tout entière par l'éclat de la grande Révolution dont les valeurs et les principes sont plus que jamais d'actualité, en France et dans le monde. On l'a vu au moment de l'invasion de l'Irak.
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Troisième priorité : faire vivre « le modèle républicain », pour affirmer les valeurs de la citoyenneté et faire face à la tentation des repliements communautaristes
Pour restaurer la confiance de nos concitoyens, il faut revenir aux principes et aux valeurs de la République : liberté – laïcité - citoyenneté comme équilibre indissociable de droits et de devoirs, égalité devant la loi, mais aussi égalité des chances permettant à chacun d'aller au bout de ses possibilités, justice sociale.

L'unité de la République doit être maintenue. A cet égard, la décentralisation ne doit pas se faire au détriment de la solidarité nationale et de l'égalité devant la loi. De même, je ne saurais cautionner la signature envisagée par le PS de la Charte du Conseil de l'Europe sur les langues régionales et minoritaires que la France, comme beaucoup de pays, a toujours refusée. Cette Charte, fragmentant l'espace public par la co-officialisation de langues minoritaires, serait un tremplin offert aux micronationalismes et une menace pour l'unité nationale comme pour la démocratie. L'éthique républicaine est à la base du redressement. La République ne va pas sans le civisme des citoyens et le sens de l'Etat chez ceux qui en ont la charge.

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