Entretien de J.-P. Chevènement au journal « Le Pays »

Publié le par comité 31

Chevènement : « Ma famille politique, c'est la gauche dans toute sa diversité »,
Entretien au journal « Le Pays »*, samedi 25 novembre 2006.

Texte de l'entretien :
Jean-Pierre Chevènement s'est lancé dans la course présidentielle le 6 novembre dernier. Il est l'invité de notre page politique pour l'interview du mois et s'explique sur sa démarche.

Le Pays : Ségolène Royal a laissé la porte entrouverte pour d'éventuelles négociations entre le MRC et le PS. Quelle est votre position ?
Jean-Pierre Chevènement : Vous imaginez bien que je ne me suis porté candidat qu'après mûre réflexion. Le débat entre le MRC et le PS est ancien et s'enracine dans l'histoire. Nous étions en désaccord sur la guerre du Golfe et sur le traité de Maastricht quand j'ai décidé avec d'autres camarades de créer le Mouvement des citoyens en 1992-1993. Sur ces deux sujets le temps nous a donné raison : chacun voit bien que l'écrasement de l'Irak a ouvert un boulevard à l'intégrisme. Sur l'Europe le peuple français est revenu sur le oui donné du bout des lèvres en 1992 lors du référendum sur Maastricht. Mais le débat entre le PS et le MRC ne s'est jamais interrompu. J'ai toujours espéré infléchir l'orientation du PS. Avec des résultats inégaux. Je n'ai pas réussi sur le dossier de la Corse, la délinquance, les services publics et la politique industrielle. Mais je sais que ma famille politique c'est la gauche au sens large et dans toute sa diversité.

Vous êtes donc prêt à négocier ?
Ceux qui font courir ces rumeurs totalement infondées, notamment dans Le Nouvel Observateur paru jeudi, ne visent qu'à déstabiliser ma candidature. Il n'y a plus eu de rencontre avec le PS depuis juin. La direction du PS a privilégié un accord avec les radicaux de gauche. C'est son droit. Avec nous, elle se refuse à aborder les questions de fond : la mondialisation, la réorientation d'une Europe qui nous met à la merci des concurrences les plus déloyales et qui nous asservit à la dictature des marchés financiers avec les résultats que nous voyons : chômage de masse qui ne recule pas, précarité, inégalités croissantes. La direction du PS ne nous a fait aucune proposition quand il en était temps. Après avoir beaucoup attendu, j'ai pris la décision de me porter candidat. Pour faire réussir vraiment la gauche. Car s'il faut battre Sarkozy, il faut aussi éviter de nouvelles déconvenues, bref, mettre en oeuvre un projet cohérent.

Beaucoup à gauche estiment que votre décision de vous présenter est un coup de bluff pour obtenir plus de circonscriptions pour les législatives.
C'est mal me connaître. Je me bats avant tout pour faire avancer les idées que je crois bonnes pour la gauche et pour le pays. J'émets de sérieuses réserves vis à vis du projet du PS : sur l'Europe qui n'a pas besoin d'une nouvelle Constitution mais d'une réorientation économique, sur les institutions, car tout en étant favorable à la revalorisation du Parlement, je ne suis pas pour le retour à un régime d'assemblée, sur la politique étrangère où le risque de l'inféodation à la diplomatie américaine est réel, etc.

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