Airbus : le rôle nécessaire de l'État républicain

Publié le par comité 31

 
L'Airbus A 350 ne pourra être développé sans la contribution des Etats.

Le plan d'économies annoncé par Louis Gallois ne permet pas ce financement. Quand j'entends M. Sarkozy déclarer dans sa conférence de presse d'hier : « Les Etats ne sont pas les actionnaires les mieux avisés », je me demande si je rêve. Est-ce que M. Arnaud Lagardère et M. Forgeard qui ont vendu leurs actions avant que soient révélées les difficultés de l'A 380 sont « des actionnaires avisés » ? Pour ce qui est de la gestion de leur patrimoine personnel certes ! Mais pour l'avenir de l'entreprise EADS – Airbus certainement non !

Nous sommes bien là en présence de cette tendance fondamentale au court-termisme qui caractérise la gestion du « capitalisme patrimonial » cher à Alain Minc. Les actionnaires se paient d'abord, peu importe l'avenir de l'entreprise, ses investissements, sa recherche, le renouvellement de sa gamme de produits, ses salariés, leur qualification et leur formation. Ainsi s'opère la déconnection des entreprises et des territoires.

Les avions d'Airbus sont fabriqués déjà à 40 % dans la zone dollar. Le processus d'externalisation engagé par la vente de certaines usines ne peut conduire qu'à l'accélération du processus de délocalisation vers les pays à bas coût de main d'œuvre.

On observe la même tendance avec Alcatel-Lucent qui supprime 10 000 emplois dans le monde dont 90 % en Europe et aux Etats-Unis où la main d'œuvre est la plus chère.

Comment contrarier cette tendance générale au court termisme et à la délocalisation ?

Par une politique de l'euro d'abord qui remédie à sa surévaluation. Ensuite par une vigoureuse politique d'aide à la recherche-développement : celle-ci implique forcément l'intervention des Etats. C'est une bonne chose que l'actionnariat allemand inclue maintenant une forte participation publique. C'est à travers une vigoureuse politique industrielle essentiellement à base franco-allemande qu'Airbus pourra être relancé et que le développement de l'A 350 qui commande l'avenir de l'emploi pourra être financé. Ségolène Royal faisait observer l'autre jour que si la réglementation actuelle de la concurrence par la Commission avait prévalu au début des années soixante-dix, jamais les Etats français, allemand, britannique, n'auraient pu financer par avances remboursables le développement d'Airbus qu'on célèbre comme une réalisation de « l'Europe », en oubliant que dès l'origine, ce fut l'affaire des Etats.

Ceux-ci n'ont pas à abdiquer leur rôle. Plus que jamais face à la concurrence de Boeing, largement subventionné par le budget de la Défense américaine il convient que les grands Etats européens se concertent pour sauver la construction aéronautique sur notre continent et les emplois qu'elle représente.

Aller dans le sens de M. Sarkozy, celui de l'actionnariat privé, ce serait vouer EADS-Airbus à subir demain le sort de Péchiney et d'Arcelor, en passant sous le contrôle des fonds de pension, anglo-saxons ou autres. Etrange conception de la défense des intérêts nationaux et européens !

Je serais « maurrassien », selon M. Bernard-Henry Levy, s'exprimant récemment dans Le Nouvel Observateur parce que je mets en garde contre le résultat du libre jeu du « capitalisme financier mondialisé », expression qu'on ne trouve pas souvent chez Maurras.

Il n'est pas venu à l'idée de l'auteur de L'idéologie française, bréviaire déjà ancien de la repentance nationale, que je pourrais n'être qu'un républicain français simplement patriote.


Jeudi 01 Mars 2007
Jean-Pierre Chevènement


 

Publié dans Économie et social

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