A Carros, comme si vous y étiez - ou presque - épisode 2

Publié le par comité 31

 

TABLE RONDE N° 2 :

Echapper à la thérapie de l'austérité en Europe et sortir du piège de la dette.  

    

En apportant les garanties nécessaires pour éviter le naufrage bancaire et la panne de liquidités, les États se sont fragilisés. Les dettes publiques se sont accrues en recyclant l’endettement privé. Inféodés aux injonctions des agences de notations, les États peinent à lever l’emprunt sur les marchés. L’augmentation des taux (qui ont dépassé 20 % en Grèce) empêche les États d’honorer le service de la dette. Dans cette situation d’impasse, l’Union européenne a mis en place des dispositifs de soutiens assortis de politiques d’austérité sans précédents. D’une part les mécanismes d’aide s’avèrent insuffisants en volume, d’autre part l’orthodoxie budgétaire aggrave le mal qu’elle prétend combattre : les recettes des États se contractent plus rapidement que la réduction des déficits. Comment sortir du piège de la dette et offrir une autre perspective que la cure d’austérité à laquelle les gouvernements européens se sont livrés ? Faut-il restructurer et relocaliser la dette des États ?

  


Animation :


Patrick Quinqueton, Secrétaire national du MRC, chargé des prises de position


Intervenants :


Antonella Stirati, professeur d'économie à l'Université de Rome


Henri Sterdyniack, directeur du département économie de la mondialisation à l'OFCE


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             D'emblée, les participants à cette table ronde ont tous affirmé qu'il n'y avait pas de « crise de la dette » en soi comme on l'affirme partout. La dette est une manifestation de la crise, une conséquence mais elle n'est ni la crise en soi, ni son origine.

               « Il n'y a pas de gonflement des dépenses publiques » note Henri Sterdyniak  avant de préciser que la dette s'accroit non seulement à cause de la crise mais aussi par la baisse ou la suppression des impôts sur la fortune et l'incapacité internationale à s'attaquer aux paradis fiscaux malgré les déclarations d'intention.

               Après avoir déploré que de tels débats soient quasi-inexistants en Italie, Antonella Stirati a pointé du doigt la renonciation à une politique monétaire et le déficit de la balance extérieure comme étant selon elle les véritables origines de la dette publique. Elle a également noté que l'Espagne avait une dette inférieure de 50% à celle de l'Allemagne ou de la France, ce qui ne l'avait pas empêchée d'être attaquée par les spéculateurs. Le Japon, pays le plus endetté du monde (229% du PIB) connait beaucoup moins de problèmes que les pays de la zone euro. Leur faiblesse vient de l'indigence de la BCE qui n'offre pas de garanties. Pour faire face à la crise, elle a commencé à racheter des titres de dette sur les marchés secondaires mais n'a aucune mission claire à ce sujet.



 

                   Pas de divergence non plus à propos de la stratégie d'austérité coordonnée au sein de la zone euro. Celle-ci ne peut qu'entrainer la récession car en réduisant la dépense publique, on réduit aussi la croissance, le travail et finalement l'épargne. Henri Sterdyniak précise que depuis le 1er plan d'austérité en Grèce en 2010, les rentres fiscales ont baissé de 9%. Le poids de cette politique repose essentiellement sur les ménages qui paient le prix fort non pour une mauvaise gestion des finances publiques – dont ils seraient responsables en tant que citoyens – mais pour un gonflement des capitaux en quête de profits immédiats. L'exemple de la Grèce prouve que cette politique n'a même pas la vertu de rassurer les marchés. Qui plus est, même si un pays de la zone euro choisissait de s'affranchir de ce plan européen pour tenter une politique de relance, le poids des échanges intra européens est tel que l'austérité généralisée chez ses voisins minerait ses efforts.

 

                    Henri Sterdyniak ajoute deux réflexions plus politiques :

  • Le choix de l'austérité en Europe est une tendance lourde bien antérieure à la crise de l'euro, notamment en Allemagne. Or, à rebours de sa tradition, celle-ci devient un pays de plus en plus inégalitaire. Depuis quelques années, la pauvreté y est en nette augmentation.

  • L'allégeance à « la règle d'or » dans la classe politique française correspond à une inversion totale de positionnement. Quand François Bayrou la proposa dans son programme de 2007, il y eu quasi-unanimité pour en rejeter l'idée.

 

 

Quelles solutions ?

 

             Pour Antonella Stirati, les euro-bonds sont une bonne idée, non seulement pour soutenir les pays en crise mais aussi pour financer la reprise. La monétisation de la dette ne présente pas de risque majeur d'inflation car il y a beaucoup de possibilités de production non employées. L'Allemagne doit prendre ses responsabilités en augmentant sa demande interne, donc ses salaires.

                 Cette dernière proposition a de quoi plonger dans l'expectative dans la mesure où les salaires allemands sont déjà les plus élevés de la zone euro. Inversement, le plan imposé à la Grèce revient à demander à ceux qui ont les salaires les plus bas de se serrer encore un peu plus la ceinture. On mesure là combien la réalité de l'euro nous emmène à rebours des déclarations d'intention de ses promoteurs (harmonisation des niveaux de vie, fraternité entre les peuples...) Antonella Stirati note que néanmoins les salaires allemands en terme de redistribution représentent une part faible des bénéfices.

 

                   Henri Sterdyniak propose d'émettre des euro-bonds mais sans le chantage du Pacte de stabilité (limite des déficits publics à 3% du PIB) et plus anecdotiquement d'interdire aux agences de notation de nous noter. Mais s'il n'y a pas de réapréciation du yuan et plus globalement de hausse de la demande interne de la Chine et de l'Allemagne, alors les mesures protectionnistes s'imposent. Les pays dominants doivent servir de locomotive soit par transfert, soit en important.

                Catherine Coutard doute que même si l'Allemagne augmente sa demande interne, cela lui donne un un rôle de locomotive si on ne met pas en place une « préférence européenne »

 

             Peut-on répudier la dette même seulement en partie ? Pour Antonella Stirati, cela nécessiterait à tout le moins la nationalisation du secteur banquaire et une banque centrale qui ne soit plus indépendante du pouvoir politique.


 

                6132642701_c8ea2f94fa_m.jpg  Reste la question purement politique : la France, l'Allemagne et l'Italie, les trois pays les plus peuplés de la zone euro ont leurs échéances électorales principales entre 2012 et 2013. « Un changement politique en France et en Allemagne notamment peut-il emmener un changement de politique économique en Europe ? «  demande Antonella Stirati.

              « C'est la question principale » reconnaît Jean-Pierre Chevènement qui informe la salle que le SPD a prévu en cas de victoire aux législatives de nommer comme chancelier non son président Sigmar Gabriel mais Peer Steinbrück, ancien ministre des finances (d'Angela Merkel à l'époque de la coalition CDU-SPD) réputé pour son orthodoxie économique. Il n'y a donc pas de construction politique alternative dans les 3 pays concernés.

 

Seule la pression des évènements peut emmener les dirigeants européens

à changer de politique,  a-t-il conclu.

 

 

Publié dans Université d'été

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