A Carros, comme si vous y étiez - ou presque - épisode 3

Publié le par comité 31

 

TABLE RONDE N° 3 : 

           Renversement, retournement, démondialisation, fin du libre marché :

les contours d'une nouvelle souveraineté 

 

Un vent nouveau anime le débat en matière économique : face aux défaillances du capitalisme financier, des voies de rupture semblent préfigurer un retour de l’Histoire. Nombre d’intellectuels et d’économistes empruntent les voies d’une déconstruction du modèle de la globalisation. Pris dans l’étau des politiques d’austérité, les peuples européens protestent activement et manifestent leur désir de s’approprier leur destin. Face à l’impuissance des modèles sociaux démocrates et libéraux conservateurs, la question de la souveraineté et de la puissance politique revient au centre du jeu. Selon quelles modalités ? Dans quel cadre institutionnel ? A quelle échelle ? La crise politique peut-elle encore être évitée ?


Animation :


  Bastien Faudot, Secrétaire national du MRC, chargé de la formation et des universités d'été


Intervenants :


          Bruno Moschetto, ancien banquier, universitaire,

auteur de "Tout savoir - ou presque - sur la face cachée de l'euro" (Arnaud Franel 2011)


Hervé Juvin, économiste,

auteur de "Le renversement du monde" (Gallimard 2010)


 

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                     Bruno Moschetto a commencé son exposé en affirmant que même si les crises de 2007 et 2009 n'avaient pas eu lieu, notre situation économique et sociale serait probablement la même. En effet, on observe une contraction de l'activité économique au niveau mondial depuis 2000, elle-même due à la déflation salariale (conséquence des délocalisations). D'où la recherche de produits de substitution aux salaires tels les subprimes. Au passage, Bruno Moschetto note que les ménages qui avaient souscrit à ces prêts n'étaient pas insolvables au départ comme on l'a répété à satiété. C'est la hausse du chômage combinée à l'effondrement des cours de l'immobilier dont elle est une des causes qui a provoqué leur défaut de paiement.

               En soi, on ne peut pas parler d'une seule et même crise mais plutôt d'un cycle infernal. La prochaine étape sera peut-être une crise de l'endettement des entreprises vers 2013.

                  Comme les intervenants des précédentes tables rondes, Bruno Moschetto a noté à quel point la question des dettes souveraines est sciemment dramatisée. Il est absurde de comparer au PIB (annuel) la dette globale (qui court sur 10 ans). Seule compte la part de dette qui arrive à échéance. Les états sont immortels et la dette ne présente pas de risque majeur tant qu'elle est dans leur propre monnaie. La notion de « pays en faillite » chère à François Fillion n'a pas de sens. (rappelons que le 1er ministre avait prononcé cette phrase avant la crise banquaire, donc avant que l'état ne vienne au secours des banques puis de la Grèce, etc... La France aurait donc du exploser)



 


6132643043_b8a8faaeb9_m.jpg                      Bruno Moschetto met en garde contre la tentation de faire de l'anti-libéralisme le remède à la crise. Le libéralisme en tant que modèle théorique n'est pas appliqué. Il lui manque un élément crucial : une immigration totalement libre. Si tel était le cas, la France compterait 3 fois plus d'habitants; les salaires seraient homogénéïsés (fortement vers le bas) et les délocalisations n'auraient plus lieu d'être. La mondialisation parfaite tuerait la mondialisation telle que nous la connaissons aujourd'hui. Or précisément, pour Bruno Moschetto, le déséquilibre majeur qui est au cœur de la crise européenne se résume à la formule « Les capitaux bougent et les hommes demeurent ». Alors que les mouvements de capitaux n'ont fait que s'accélérer au fil de l'intégration européenne et de la globalisation financière, les européens n'émigrent plus au dedans de l'Europe comme ils le faisaient au début du XX° siècle. Compenser ce déséquilibre demanderait pour l'Europe de décupler son budget communautaire et d'opérer une redistribution vigoureuse vers les nations les plus fragiles économiquement (cf Yves Le Hénaff table ronde n° 1 qui parlait d'aménagement du territoire européen) ce qui est politiquement irréaliste.

 

Dés lors, il n'y a de solution que dans la reconquête de marges de souveraineté à l'échelle nationale.

  • Tout d'abord en érigeant des barrières contre les flux financiers, ce qui est beaucoup moins difficile que dans le domaine commercial. Cela passe par la séparation des banques de dépôt et des banques d'affaires : dissociation en droit de leurs activités, déconnexion entre les établissements avec interdiction de prêts ou de prises de participations de l'une à l'autre, nationalisation puis démembrement des banques dites « too big to fail » (dont la faillite éventuelle fairait courir des risques à l'ensemble du système banquaire).

  • Ensuite, recourir aux euphorisants qui prévalaient lors des Trente Glorieuses et pour cela abandonner les « fixismes » - budgétaire, monétaire et cambiaire.

  • 1→ Redonner à chaque nation de l'Europe sa souveraineté budgétaire (et donc fiscale) en supprimant le double plafond sur le budget et la dette.

  • 2 S'autoriser une inflation à 6% (cet impôt sur la monnaie selon la formule d'Alfred Sauvy) qui augmenterait les recettes de l'État (en lui évitant sa pénible chasse aux niches fiscales). Un choix profondément politique qui est celui de l'euthanasie des rentiers contre le chômage insupportable des jeunes indignés.

  • 3 Revenir au change flexible issu du SME avec la coexistence de l'euro et des monnaies nationales pour permettre des réajustements de compétitivité.

 

 

                  images-copie-1.jpg Pour Hervé Juvin, nous assistons à un renversement géographique (les nouveaux maîtres du monde sont les créanciers du monde) en même temps qu'à l'épuisement du dogme de l'interdépendance cher aux libéraux. Les pays qui sont le moins dans l'interdépendance comme la Chine ou l'Inde n'ont que très peu subi la crise de 2007. La spéculation sur les dettes souveraines met en lumière cette évolution. Le Japon – l'état le plus endetté (229% du PIB) – l'est à 93% à l'égard des japonais eux-mêmes. A l'inverse la dette espagnole, si elle ne représente que 60% du PIB est détenue à 90% par des créanciers extèrieurs (70% pour la France). On peut donc parler de néo-colonisation financière. Un expression qui permet au demeurant de nous distinguer clairement du FN dans le débat politique.

 

Comment alors relocaliser la dette, la renationaliser en quelque sorte ?

Hervé Juvin propose 3 pistes :

  • jouer sur la pression fiscale

  • lancer un programme d'économies : 50% des dépenses publiques sont sujettes à économie selon lui.

  • Racheter peu à peu la dette par le biais d'un secteur bancaire public, après avoir procédé à la renationalisation des banques qu'Hervé Juvin préconise sur un modèle coopératif permettant l'accès direct des citoyens au capital de celles-ci.

 

 

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                 Par ailleurs, l'Europe ne plus être pensé avec le prisme de la paix; En 1992, Helmut Kohl disait à François Mitterrand : « Dépêchons-nous de faire l'Euro car le souvenir de la 2ème Guerre Mondiale sera bientôt trop loin. » Ce temps est arrivé aujourd'hui. Les jeunes générations pour lesquelles la paix est un acquis ont besoin d'un autre discours. Or, l'Union Européenne est la zone la plus naïve du monde. Les États-Unis et la Chine parlent de libre-échangisme mais quand l'intérêt national est en jeu ils font du protectionnisme.

 

                 Dés lors, il convient de se poser d'abord la question de ce qui est juste, de ce qui est moralement bien. Or, le critère de la moralité est totalement absent des débats quand on se situe à l'échelon européen. Par exemple dans la crise irlandaise, personne n'a posé l'alternative : « où vous bénéficiez du fond structurel et vous abrogez vos mesure de dumping sur la fiscalité des entreprises où vous gardez votre taux d'imposition très bas sur les sociétés et... vous quittez l'Europe. »

 


Publié dans Université d'été

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