BILAN POLITIQUE ELECTIONS REGIONALES 2010

Publié le par comité 31

 

I : Quel sens donner à l'abstention ?


Le phénomène majeur – le 1er à prendre en considération pour un républicain – reste l'abstention.

Après les élections européennes, une bonne moitié des français persiste dans sa désaffection des urnes (59,3% en juin 09, 53,6% au 1er tour de Mars 10); En apparence similaires, ces deux constats sont à apprécier différemment.

La participation aux élections pour le parlement européen n'a cessé de fléchir – lentement mais surement – depuis 1979 (de 61 à 41 %), chacun des 7 scrutins (à l'exception de 1994) marquant une nouvelle étape du désintérêt croissant porté à cette institution.

Rien de comparable aux élections régionales où le taux d'abstention a fait un bond étonnant de 15%.

En données brutes, le corps électoral comptant 2,7 M. d'inscrits en plus, ce différentiel avec 2004 s'établit ainsi :

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    • abstention : + 7 898 981

    • votants : - 5 232 900

    • exprimés : - 4 774 458


Si la forte participation de 2004 s'expliquait par un contexte porteur, la moyenne de l'abstention sur les 4 scrutins régionaux est de 35, 5% et son maximum n'avait jamais dépassé 45%.

Il est délicat de donner une explication globale à un phénomène aussi massif et d'enfermer dans une case les 23 millions de citoyens qui ont fait la grève des urnes. Quelques explications conjoncturelles ont été avancées :

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    • le découplage – pour la 1ère fois - d'avec les cantonales.

      Mais l'étude du taux d'abstention de ces dernières prouve que ce sont elles qui sont tributaires de l'effet d'entrainement des autres scrutins, et non l'inverse.

    • Le parfum « fin du monde » qui se dégageait du scrutin : dernière élection de ce type, mandat raccourci, réforme à venir dont le sens reste obscur pour la plupart.

      Cette raison est plus pertinente.

Le rapport de force Gauche/Droite qui apparaît disproportionné (et particulièrement en Midi-Pyrénées) donne à penser que l'abstention se situe plus volontiers chez cette dernière.

Ce que confirment les chiffres de comparaison avec le 1er tour 2004 :

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    • Droite classique (incluant CPNT en 2004 et Modem en 2010) :

      - 2,6 M. de voix. De 21,4% à 14% des inscrits.

    • Gauche + écologistes (y compris indépendants) :

      - 0,4 M. de voix. De 24,7% à 22,4% des inscrits.

Il est vrai qu'une partie de l'électorat fidèle à une droite perçue comme la norme du pouvoir, tend à se réfugier dans l'abstention lorsqu'elle se sent désorientée. Ce fut le cas notamment lors des législatives de 97 où les raisons données à la dissolution laissaient pantois. Le passage à vide que connait la majorité et le Président de la République lui-même, combiné avec les particularités du scrutin évoquées ci-dessus ont pu agir en ce sens. De plus, un certain fatalisme propre à l'esprit de droite (l'idée que les jeux sont faits) tend à démobiliser des électeurs peu sensibles à la beauté des combats désespérés. La même réflexion vaut pour la base militante de l'UMP et ses cadres. Le parti présidentiel n'a pas donné l'impression de s'être vraiment battu, alors même qu'il a été conçu comme une machine de guerre électorale. La perspective d'une réforme territoriale dotée d'un mode de scrutin qui rebattrait largement les cartes a pu en inciter certains à prendre leur mal en patience pendant 4 ans.

Cette sensation est évidemment fortement accentuée pour qui a vécu la campagne en Midi-Pyrénées où la droite enregistre son pire revers hors triangulaire. Ce n'est pas faire injure à Martin Malvy que de noter combien Brigitte Barèges s'est démenée pour être à la hauteur de cette contre-performance : entrée en campagne tardive, absence de véritable programme, multiplication des incohérences politiques, des approximations et des maladresses (annonçant qu'elle ne siègerait pas en cas de défaite, ce qu'elle a fait finalement !!) le tout, bizarrement compensé par une agressivité de tous les instants.

Mais ces raisons - propres à la Droite – ne semblent pas assez fortes pour justifier un recul aussi spectaculaire de la participation. D'autant qu'en données brutes, la comparaison des 2èmes tours (2004/2010) indique que tout le monde perd des voix :


Droite + Modem : - 1,936 M.     Gauche + écolos : - 1,457 M.    FN : - 1,256 M.


L'abstention a progressé partout, allant jusqu'à dépasser 75% là où elle est déjà généralement forte, dans les banlieues ou les quartiers populaires. Sa cartographie recoupe celle du taux de chômage.

Le rapport du Médiateur de la République, Jean-Paul Delevoy, paru quelques jours avant le scrutin est aussitôt revenu en mémoire. Il y parle d'une « société fragmentée, inquiète et sans espérance collective. »

Dés lors, impossible de ne pas relier le phénomène de l'abstention aux conséquences de la crise financière, à l'impuissance du gouvernement à l'enrayer, à l'impasse du mouvement social (les grandes manifestations de début 09 n'ont pas connu de suite) et à l'absence d'un projet alternatif mobilisateur venant de la Gauche.

Le vote du traité de Lisbonne par les parlementaires en congrès en 2008, à la suite du référendum de 2005 peut également décourager les électeurs. Même si les français n'ont pas majoritairement pris conscience de l'opération « copier-coller » réalisé entre le TCE et le mini-traité, l'impression de confiscation du débat et de vanité de la démocratie n'est pas prête de s'effacer sinon au prix d'un nouveau référendum.

Cette dernière raison – naturellement – a été peu évoquée dans les médias.


II : Européennes et régionales : une même séquence électorale ?


Outre le taux d'abstention, 3 éléments communs tendent à rapprocher les scrutins de 2009 et 2010 : la percée d'Europe Écologie, l'effondrement du Modem et le « non-développement » du NPA.

Ce dernier que les sondages annonçaient comme un acteur politique conséquent au lendemain des présidentielles – à la grande joie de Nicolas Sarkozy – se tasse encore un peu plus avec les Régionales.


L'extrême-gauche dans son ensemble :  - 500 000 voix au regard de 2004

(de 3 à 1,5% du corps électoral).


En prenant du champs sur les péripéties électorales de ces dernières années, ce triple constat semble témoigner d'une succession de phénomènes passagers – de mode donc – se traduisant dans les urnes (pour le Modem hier, pour EE aujourd'hui) ou seulement dans les intentions exprimées par les sondages (pour le NPA). Il révèle une part d'électorat volatile, en quête de sens, qui se cherche... Un groupe aux contours flous, non homogène, que l'on peut estimer entre 5 et 10% du corps électoral selon les cas, qui s'avère obstinément participatif (une bonne chose), profondément insatisfait par le clivage PS / UMP (c'est bien aussi) mais très réceptif à ce que l'on peut appeler « l'air du temps », en réalité des stimulis médiatiques qu'il amplifie ensuite par son comportement électoral ou sondagier (ce qui est moins bien).

Pas plus que l'excellent score de François Bayrou en 2007 ne traduisait la brusque résurgence d'un courant démocrate-chrétien (qui fondrait tout aussi soudainement) le succès actuel d'EE ne signifie une adhésion profonde aux thèses écologistes, lesquelles ont d'ailleurs été présentées pendant ces élections sous une forme lissée, philosophie gentille et facile avec un appel constant à la douceur et à la convivialité.

Le score d'Europe Écologie reste néanmoins brillant. S'ils enregistrent une certaine régression depuis les Européennes(- 4%; -7% en intégrant les écologistes indépendants), ils n'ont pas bénéficié cette fois de la débacle du PS.

Sur ce point, les régionales confirment l'enseignement des élections européennes : la crise financière, économique, sociale n'a débouché pour l'instant ni sur une remise en cause sérieuse du libéralisme, ni sur un retour de l'antagonisme de classe mais sur le regain d'une philosophie de vie vaguement post-soixante-huitarde et inspirée – souvent sans le dire – par les théoriciens de la décroissance.

Le Front de Gauche, s'il a affermi l'électorat situé entre le PS et L'extrême-gauche n'a pas permis pour l'instant de l'élever au dessus de son étiage habituel.


III : les élections régionales : une nouvelle donne ?


Les trois autres faits marquants – cette fois propres au scrutin régional – sont bien sûr la victoire éclatante du PS et de ses alliés, le 1er véritable camouflet électoral du sarkozisme et le retour remarqué du FN.

La poussée que celui-ci a connue au 1er tour exprime probablement la montée d'un certain mécontentement mais résulte plus encore de la volonté d'hégémonie de l'UMP repoussant vers le FN l'électorat capté généralement par le MPF ou CPNT.


Libertas (MPF +CPNT) = 0,8 M. voix aux Européennes.

FN (Rég/Europ) = + 1,1 M. voix.


Le score relativement brillant de Debout La République en Ile de France (4,5%), seule région où il était présent et où le FN est resté sous la barre des 10% prouve que la stratégie de terre brûlée de l'UMP crée un manque et asphyxie la droite.

Le résultat du FN au 1er tour restait cependant très en deçà de celui réalisé en 2004.


Extrême droite (dissidents FN compris) : -1,5 M. voix ;

de 16 à 12% des exprimés;de 9,5 à 5,5% des inscrits.


Toutefois, alors qu'en 2004, on parlait de régression (au regard de la présidentielle), le résultat fut cette fois interprété comme un succès, donc un péril pour la démocratie... de quoi permettre au parti de Jean-Marie Le Pen de retrouver son coté sulfureux et de réussir - cette fois sans réserve – un brillant 2ème tour (17% en moyenne sur les 12 régions où il se maintenait) redevenant ainsi le vote « sale » qui permet de « tirer la langue » au pouvoir, d'exprimer une rage et une désespérance sociale. Si le phénomène persiste, la résurrection du FN deviendra la 2ème conséquence politique notable de la crise financière.

Pour terminer ce tour d'horizon, les résultats de deux grandes formations, déjà abondamment commentées.

Il est difficile de faire la part entre le rejet de la politique gouvernementale et la reconnaissance pour les majorités régionales sortantes. Mais les raisons positives au vote existent bel et bien comme le prouvent les scores de celles-ci au 1er tour (29%). En Midi-Pyrénées, elles sont encore plus évidentes (41%). L'affichage d'une volonté d'union (même si elle a connu ses limites et le MRC en a fait les frais) a aussi joué un rôle. Lorsque celle-ci a échouée, en Bretagne et en Limousin qui ont connu des triangulaires à gauche, les listes qui se sont maintenues ont obtenu des scores remarquables.


17, 3% pour Europe Ecologie en Bretagne (+5%),

19,1% pour l'alliance FG-NPA en Limousin (+ 6%).

 

Lorsque l'opportunité de voter autrement que PS se présente, une part non négligeable d'électeurs la saisit. Comme l'a montré également l'affaire du Languedoc Roussillon, ce n'est pas le PS en soi qui a retrouvé une santé florissante. Simplement, ceux qui sont allés voter ont accordé un satisfecit non seulement aux présidents de région (comme l'a dit Georges Frèches) mais aussi à leurs équipes, au travail collectif ainsi accompli et ceci dans un domaine de compétences précis et limité où la gauche peut faire œuvre d' «infirmière de la mondialisation» (selon l'expression d'Éric Zemmour). Rien ne dit que les mêmes électeurs jugent les socialistes à la hauteur des enjeux nationaux;

 

Considérée comme le grand vainqueur des Européennes avec 27,9%, l'UMP est devenue le grand perdant des régionales avec 26% au 1er tour et 27,4% au 2ème. C'est bien sûr dans le faible écart entre ces deux derniers chiffres que réside sa fragilité : le manque de réserves électorales de la Droite. Mais même si ses cadres cèdent facilement à la panique, l'ambiance politique a le temps de changer d'ici 2012. La forteresse UMP reste taillée pour aborder les élections présidentielles et Nicolas Sarkozy a suffisamment de ressources pour pouvoir faire la différence si la gauche reste aussi impréparée qu'elle l'est aujourd'hui pour affronter cette échéance.


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