Chevènement Digest

Publié le par comité 31

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Lecture estivale


voici une synthèse des propos tenus dans la presse par Jean-Pierre Chevènement à l'occasion de notre dernier congrés fin juin. Ils sont classés  par thèmes (des grands aux petits sujets) et n'ont rien perdu de leur actualité.

 

(digest d'interviews parues dans France soir, Marianne, Le Parisien, Le Journal du dimanche. Les propos n'ont pas été dénaturés)

 

 

CANDIDAT AUX PRESIDENTIELLES ?

 

Le Mouvement républicain et citoyen (MRC), dont vous êtes le président d’honneur, annonce son intention de soutenir en 2012 un « candidat républicain ». Vous pourriez, dit-on, être ce candidat. C’est sérieux ?

 

Jean-Pierre Chevènement
Un candidat républicain doit s’affirmer pour mettre la France à la hauteur des défis qu'elle a à relever. D'abord, je tiens à préciser que celui-çi ne sera pas forcément issu des rangs du MRC. Je ne veux rien exclure aujourd'hui, mais il faut que les conditions nécessaires soient réunies, à commencer par l'existence d'un espace politique pour notre projet. Mais il faut pour cela que le débat politique de fond puisse être ouvert.

Si j’envisage d’être candidat, c’est parce que les circonstances sont gravissimes et qu’il faut faire « bouger les lignes ». La France va mal. Elle s’est installée depuis trente ans dans un chômage de masse qui touche plus de 20 % des jeunes. Elle n’a jamais été aussi inégale. L’éthique républicaine est foulée aux pieds. Nous vivons aujourd'hui sous la dictature de l'argent. Ce sont notamment ces taux de rentabilité extravagants réclamés aux entreprises, lesquelles ne peuvent satisfaire ces exigences et délocalisent l'emploi. Depuis le début des années 1980, nous avons perdu près de la moitié de nos emplois industriels. Il faut rompre avec cette dictature. Notre programme est de rendre confiance à la France, à sa jeunesse. Il s'agit de remettre l'exigence de l'emploi au premier plan et de refaire de la France un grand pays industriel et technologique.

La ligne sociale-libérale suivie par le PS ne correspond pas à la situation actuelle. Le PS reste prisonnier d’une vision de l’Europe dépassée.

 

En quoi feriez-vous la différence ?
Nous aurions l'énergie républicaine de défendre les intérêts de la France en proie à la désindustrialisation et au chômage. Nous ne laisserions pas, par exemple, notre pays confiné dans une petite zone euro avec une monnaie tellement forte qu'elle ferait disparaitre ce qui nous reste d'industrie.

Vous aurez 73 ans en 2012...
Certes, je ne suis plus jeune, mais l’expérience est irremplaçable ! Il faut de l'expérience pour affronter la tempête.

LES PRIMAIRES ET LES RELATIONS AVEC LE PS

En 2007 vous disiez être favorable à des primaires de la gauche...Aujourd'hui, vous qualifiez de "simulacre" le projet de primaires adopté par le Parti socialiste. Pourquoi?
Parce qu'il pose un double problème. De contenu, d'abord, puisque le Parti socialiste reste prisonnier d'une ligne "sociale-libérale" et d'une conception dépassée de l'Europe. Sur l'organisation de ces primaires, ensuite, ce que l'on appelle le "pacte de Marrakech" entre Martine Aubry et Dominique Strauss-Khan, auquel s'ajoute son corollaire, "le pacte de Raspail", qui inclut Ségolène Royal, vide le projet de sa substance. Nous allons tout droit vers une compétition médiatique, Qui arbitrera ? Les sondages ! Dans ces conditions, il s'agit effectivement d'un simulacre de démocratie.

 

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Cela signifie qu’il n’y aura plus d’accords électoraux avec le PS ?
Lorsque l’on n’est pas d’accord sur le fond, il faut soit un candidat distinct, soit un accord politique. Cet accord n’existe pas. D’autant que se pose la question de l’alliance du PS avec Europe écologie qui prône la décroissance, la sortie du nucléaire et refuse le progrès. Pour notre part, nous subordonnons toute alliance électorale à un accord politique de fond. Mais nous avons aujourd’hui le sentiment que le Parti socialiste n’est pas sorti de l’ornière sociale libérale. J’ai toujours essayé de faire accepter au PS qu’il pèse pour modifier les statuts de la Banque centrale européenne : sans aucun résultat. Le PS est prisonnier du PSE (Parti socialiste européen) lui-même sous la domination du SPD allemand qui ne le veut pas.Par ailleurs, le PS a manqué aux engagements pris à notre égard. C'est ce qui s'est passé lors des élections régionales. Alors chat échaudé craint l'eau froide...

 

LES AUTRES REPUBLICAINS

 

Vous ne semblez pas plus disposé à tendre la main aux responsables politiques qui se revendiquent comme « républicains », à droite comme à gauche ? Mélenchon, Villepin ou bien encore Dupont-Aignan ?
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Pour ce qui est de Jean-Luc Mélenchon, la question de la souveraineté nationale pose un vrai problème. Nos amis du Front de gauche n’ont pas les idées très claires sur le sujet…

 

 

Dominique de Villepin, je l’ai déjà dit et le redit, a toujours sa carte de l’UMP. Il y a des tonalités tout à fait sympathiques dans son discours, notamment en ce qui concerne la politique étrangère.  dominique-de-villepin-video.jpgEn revanche, il ne propose pas un projet qui soit en rupture avec le capitalisme financier et avec ce que j'appelle "l'européisme", cette conception qui oublie que l'Europe est d'abord composée de nations. Sur la crise de l’euro et du capitalisme, je l’attends encore. En un sens, Nicolas Sarkozy en a plus dit sur le sujet lors de son discours de Toulon que ne l’a jamais fait Dominique de Villepin. Sa démarche est sans doute tactique, stratégique. Il faut lui laisser le temps d'évoluer.

nicolas-dupont-aignanEnfin, en ce qui concerne Nicolas Dupont-Aignan, je considère que pour faire bouger les lignes il est souhaitable d’avoir une certaine expérience de l’Etat. 
 Ça n’enlève rien au mérite de Nicolas Dupont-Aignan que  j’estime beaucoup. Mais je ne pens e pas qu'il partage notre souci de faire de la gauche, une gauche à la hauteur…  

 

 

LA CRISE DE L' EURO

 


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La monnaie unique était un échec prévisible depuis Maastricht. Le concours de plans de rigueur mis en œuvre simultanément dans toute l’Europe est insupportable pour les peuples. Nous ne pouvons pas avoir confiance en nos élites, de droite comme de gauche, pour faire bouger les lignes et affronter une crise de l’euro qui a toutes les chances de rebondir cet été. Derrière la Grèce, se profilent le Portugal, l’Espagne…

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Les élites n’ont aucune idée de comment faire naître une Europe solide capable de faire bonne mesure face à la « Chinamérique ». Le PS, notamment, n’est pas conscient de l’extrême fragilité de l’euro et est incapable d’imaginer les solutions qu’il faut apporter à la crise.

Allez-vous jusqu’à dire qu’il vaudrait mieux sortir de l’euro ?
L’euro est aujourd’hui une réalité. Je suis partisan de défendre la zone euro dans son intégralité, c’est-à-dire avec tous les pays du Sud. Cela passe par un compromis franco-allemand sur l’idée que l’Europe ne peut pas avoir une monnaie surévaluée. L’Allemagne devrait admettre que la Banque centrale européenne (BCE) fasse des avances aux Etats attaqués. Sinon, la spéculation se déchaînera, et ça va « péter » ! On ne peut pas exclure la défaillance de l'Espagne dans le cours de l’été. Il faut se donner, dès maintenant, des armes de dissuasion. Le mois d’août est toujours le mois des mauvais coups !

 

LA REFORME DES RETRAITES


Acceptez-vous de retarder l’âge légal de départ à 62 ans ?
C’est injuste pour les ouvriers ! Savez-vous qu’ils vivent en moyenne sept ans de moins que les autres catégories de Français ? La retraite à 60 ans, c’était une grande conquête pour la classe ouvrière. La retraite est le capital de ceux qui n’en ont pas. Cependant, il est évident que la durée de vie moyenne s’allonge.On ne peut faire l’économie de l’augmentation des années cotisées mais, pour cela, il faut une économie en croissance, créatrice d’emplois. C’est bien beau de dire qu’on va retarder l’âge de départ à la retraite mais s‘il n’y a plus de travail, si les entreprises veulent se débarrasser de leurs sexagénaires, comment faire ?


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Le fond du problème, je le répète, c’est la relance de l’économie : on ne rétablira les comptes de la Sécurité sociale comme les comptes publics que par une augmentation des recettes. Et cela passe par une monnaie moins forte qui n’écrase pas notre compétitivité, par l’investissement de notre épargne – une des plus élevées du monde – dans l’innovation, la recherche, la technologie, la formation. Et cela en France, pas à l’étranger ! Il faut refaire de la France un grand pays industriel et technologique. Elle en a la capacité si la volonté politique est là !

 

LA REFORME TERRITORIALE

 

Aujourd’hui, l’ancien ministre de l’Intérieur que vous êtes combat la réforme territoriale. Pourquoi cette posture ?
Cette réforme, très mal conçue, n’était pas nécessaire. Notre organisation, simple, repose sur trois niveaux : commune, département, région. L’intercommunalité a remédié à l’émiettement communal. La réforme vise à réduire drastiquement le nombre des communes en transformant les intercommunalités en communes nouvelles. Or on a besoin des petites communes ! On a besoin de ces élus locaux très dévoués qui participent au maintien du lien social. Et puis le gouvernement a inventé une nouvelle entité : la métropole.

Vous y êtes hostile ?
Soyons clair : la création de ces « métropoles » va décapiter sept régions et désosser une douzaine de départements. Et puis cette réforme vise à mettre les collectivités locales à la diète : le gouvernement a déjà annoncé le gel des dotations des collectivités territoriales. Bref, voilà une « réforme » qui met le pataquès dans l’organisation territoriale de la France. Bon, la loi va être votée, mais y aura-t-il une majorité pour l’appliquer en 2014 ?
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L' AFFAIRE WOERTH BETTENCOURT

Votre regard sur la classe politique est sévère. Comment jugez-vous les événements qui agitent le sommet de l’Etat, à commencer par l’affaire Woerth – Bettencourt ?
Le climat en politique devient délétère quand les questions de fond ne sont plus posées. La seule solution pour que souffle à nouveau un vent salubre sur notre démocratie, c’est d’aller à l’essentiel. Le reste n’est que distraction.

 

LE MONDIAL

 

Selon vous, l'échec des Bleus participe à "la déconstruction de la République"?
Cet échec est le reflet, certes grossissant, des maux qui, malheureusement, rongent notre société actuelle: la puissance de l'argent, les inégalités, la grossièreté et l'absence de cohésion…

 


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