DE LA CAMPAGNE DE 2002 A LA CRISE EUROPEENNE ACTUELLE

Publié le par comité 31

Voici la reproduction intégrale de la tribune d'Elie Arié parue dans Marianne 2 (blog de Marianne).

              Elle a le mérite de mettre en parrallèle les thèmes développés par Jean-Pierre Chevènement en 2002 et la crise monétaire que traverse actuellement l'Europe.

La candidature de Jean-Pierre Chevènement a été si fustigée de toute part - et notamment à gauche -  qu'il nous était impossible de ne pas la diffuser.

Le texte d'Elie Arié a le mérite d'être clair et synthètique quant aux enjeux économiques conséquents à des choix qui remontent au Traité de Maastricht. Même si sa conclusion politique pêche par optimisme. La prise de conscience de nos concitoyens dépend plus de l'exercice d'une  pédagogie que du fait de "subir une crise". 

J-P Chevènement aurait-il pu résoudre la crise ?

Elie Arié - Tribune | Dimanche 21 Novembre 2010 à 17:01 |


Les conséquences actuelles de la crise économique semblaient imprévisibles. Pourtant dès 2002, Jean-Pierre Chevènement, alors candidat pour la Présidentielle, reprenait tous les thèmes désormais débattus dans son programme.



Refaire, après coup, l’ Histoire est un exercice aussi vain qu’instructif.

Il est intéressant de comparer les thèmes essentiels de la campagne présidentielle de Chevènement de 2002 avec les évènements que nous vivons aujourd’hui : quels étaient ces thèmes ?

1-    L’ Euro, monnaie unique, est une erreur : une monnaie commune aurait suffi.

Comme le dit Van Rampouy lui-même, nous sommes peut-être à la veille de l’explosion et de l’effondrement de l’ Euro ; les différents Etats qui l’ont adopté passent leur temps à emprunter des sommes colossales pour sauver l’économie de la Grèce hier, de l’ Irlande aujourd’hui, de l’ Espagne et du Portugal demain, sommes dont le remboursement est plus qu’aléatoire pour des résultats qui le sont tout autant, en se faisant aider par le FMI et perdant ainsi leur indépendance dont l’ Euro devait être le fondement ; ainsi, l’ Euro, présenté comme un pilier de la future croissance, n’est plus qu’une machine à se ruiner.

2-    Les critères de stabilité du pacte de Maastricht sont artificiels.

Ils prévoyaient des sanctions financières contre les pays dont le déficit dépasserait 3% de leur PIB ; aujourd’hui, celui de l’ Irlande est de...32%, et, en guise de sanctions, elle aura droit à des prêts qu’elle ne pourra peut-être jamais rembourser, c’est-à-dire à des dons ; en plus, comme elle n’entend pas renoncer à sa fiscalité très avantageuse pour les entreprises, nous la finançons pour qu’elle continue à nous pomper des emplois : sympa, non ?

3-    Plutôt que la recherche obsessionnelle de l’équilibre budgétaire, la BCE, à l’image de la FED américaine, devrait avoir comme objectif la croissance et l’emploi.

La Chine base en grande partie sa croissance sur la sous-évaluation du yuan, dont le gouvernement fixe la valeur comme il l’entend; les Etats-Unis  relancent leur croissance en faisant tourner la planche à billets et en injectant des centaines de milliards de dollars dans l’économie ; seule, l’Europe se prive de la possibilité d’agir, en fonction de ses intérêts, sur sa monnaie, dont la valeur n’est fixée que par le marché : dans cette compétition économique sans merci qu’est la mondialisation, où elle partait avec le handicap de devoir financer le meilleur système de protection sociale au monde, elle a choisi de s’attacher un boulet au pied au départ de la course.

4-    La politique économique européenne retire toute marge de manœuvre aux partis politiques.

Depuis bientôt 3 ans, l’opposition (le PS) cherche désespérément à mettre sur pied un programme crédible se démarquant de celui du pouvoir ; cette impuissance n’est pas le fait des limites intellectuelles de ses leaders, elle est la conséquence inéluctable des règles communes dans lesquelles l’ UMPS s’est enfermé.

5-     Au 2 ème tour de la présidentielle de 2002, un candidat souverainiste pouvait se glisser entre le bonnet blanc Chirac et le blanc bonnet Jospin.

Ce fut le cas, mais ce ne fut pas le bon : l’électorat populaire, première victime de la mondialisation, a choisi Le Pen, au souverainisme simpliste et xénophobe, l’analyse élaborée de Chevènement paraissant trop abstraite dans la conjoncture de l’avant-crise économique de 2008.

On pourra toujours rêver à ce qu’aurait été le résultat de cette présidentielle si cette crise économique s’était produite avant ; mais, en politique, c’est souvent un tort que d’avoir raison trop tôt, et l’ Histoire ne repasse pas les plats : nous devons maintenant boire le calice jusqu’à la lie.



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