LE PRINCIPE DE REALITE

Publié le par comité 31

Intéressant sondage que "Le Monde" a bien été obligé de publier - après l'avoir commandé - mais avec un gros pincement au coeur semble-t-il, au vu de son éditorial : "Le triste dèlitement de l'idée européenne".

56 % des Français souhaitent renforcer les pouvoirs nationaux face à Bruxelles

Enquête Ipsos/Logica Business Consulting pour "Le Monde"

Enquête Ipsos/Logica Business Consulting pour "Le Monde"LE MONDE

Cette enquête a été réalisée les 2 et 3 mars par Ipsos-Logica Busines Consulting pour Le Monde, à l'occasion d'un colloque organisé, le samedi 10 mars à Paris, avec le Mouvement européen et l'association Europa Nova.

 

Si les sympathisants du FN sont évidemment une écrasante majorité à souhaiter un renforcement des pouvoirs de l'état, les résultats concernant les autres partis ont de quoi surprendre, les européistes n'étant majoritaires qu'au sein des électeurs potentiels d'Europe Écologie Les Verts. 

Mais si l'on songe un instant à la défiance constamment affichée par les dirigeants de ce mouvement envers l'idée même de nation comme envers les symboles de la République, le fait qu'une si forte minorité (46%) des citoyens de sensibilité écologiste accorde plus sa confiance à l'Etat français qu'aux institutions européennes pour se tirer d'affaire est en soi le résultat le plus étonnant de cette étude.

Notons également que 60% des sympathisants du Front de Gauche semblent ignorer que la convocation d'une constituante européenne figure dans la déclaration de principe du PG. Au moins ne peut-on reprocher à Jean-Luc Mélanchon de porter des oeillères car cette proposition est totalement absente de sa campagne présidentielle.

 

On ne peut en dire autant hélas de François Bayrou et Eva Joly, premiers intervenants du colloque en question, baptisé pompeusement  "les Etats généraux de l'Europe" (www.etats-generaux.eu) (le terme "état général" au sens de diagnostic eut été plus approprié).

Le président du Modem, s'il a plaidé pour "des politiques de relance, d'élan économique, qui soient portées par l'UE" à travers de grands projets dans "les domaines de l'équipement ou de la recherche", financés par un "appel à l'épargne européenne" et s'il a par ailleurs reconnu que les institutions européennes avaient perdu leur légitimité, s'est réfugié comme de coutume dans le mécano institutionnel (fusion du président de la commission et du président du conseil qui serait élu au suffrage universel, création d'une Cour des Comptes européenne) et les idées creuses (faire connaître l'agenda du Parlement européen pour impliquer les   citoyens !).

Surtout, rappelant avoir "soutenu depuis très longtemps les idées de règle d'or", il a défendu le traité signé le 2 mars par 25 Etats membres : "Il faut davantage de croissance mais la sécurisation des finances publiques était une condition préalable", sans s'apercevoir de la contradiction.

 

Je suis la seule à porter un véritable projet européen, celui d'une Europe fédérale." a déclaré sans fard Eva Joly devant le public largement europhile du colloque. La candidate d'EELV a martelé ce mot – "fédéralisme" – que François Bayrou avait refusé car "trop polysémique". (porteur d'une pluralité de sens).

Déplorant "l'infinie faiblesse des institutions européennes", elle a plaidé tout comme François Bayrou (mais sans se poser la question de la légitimité) pour un renforcement du pouvoir du président de la Commission, "qui doit aussi présider le Conseil". L'idée étant de "faire pièce à la puissance des pays qui composent l'Union". On suppose que les nations en question se résument à la France et l'Allemagne car dans le même discours, elle a reproché à Nicolas Sarkosy et Angela Merkel de "se prendre pour les maîtres de l'Europe".

 

Eva Joly a-t-elle seulement conscience qu'elle souhaite ainsi délibérément attiser les tensions et que ce choix, à terme, ferait éclater la construction européenne ?

François Bayrou peut-il comprendre qu'avec un super président élu au suffrage universel européen, la question de la légitimité se poserait de manière plus aigue encore ? Si, par exemple, un tel président, élu avec une nette majorité d'allemands mais avec seulement 10% des suffrages portugais souhaitait imposer de nouvelles mesures d'austérité au Portugal, comment réagirait ce peuple et son gouvernement ? Ou si au contraire, un président élu par une coalition de pays latins (France compris) souhaitait "faire plier" l'Allemagne en la mettant plus à contribution, comment réagirait Angela Merkel face à cette offensive de pays qu'elle appelle en privé "le Club Med" ?

 

Tous deux critiquent d'une même voix le recours à l'intergouvernemental pour faire face à la crise et prônent le retour à la "méthode européenne". L'application de ce choix politique porterait probablement les 56% de l'étude citée à 75 ou 80%.

 

Certes, un sondage doit toujours être relativisé et celui-ci comme tout autre (même s'il est rare que les résultats obtenus contredisent aussi franchement l'espérance de ses promoteurs). Cette étude ne devrait d'ailleurs agir que comme une piqure de rappel du principe de réalité affirmé par le "non" français et hollandais de 2005, l'effondrement du taux de participation aux élections européennes, le constat du taux de croissance de la zone € (le plus faible du monde), la faiblesse de l'immigration intra-européenne (au regard de ce qu'elle était dans la 1ère moitié du XXème siècle).

 

Quant à l'éditorialiste - anonyme - du Monde, son désarroi fait peine à lire : 

"S'il y avait au sein de l'Union européenne (UE) un classement des opinions en fonction de leur degré d'europhilie, la France serait sans doute dans les rayons du bas. Les derniers partisans de l'intégration européenne sont prévenus : ils vont très vite avoir besoin d'une solide dose d'antidépresseurs." 

Au moins leur reste-t-il ce palliatif, ainsi que la possibilité d'en être remboursé par la Sécurité Sociale. Tel n'est pas le cas, malheureusement des citoyens grecs confrontés au 7ème mémorandum d'austérité imposé par la Commission Européenne, la BCE et le FMI comme le  rappelait Sonia Mitralia, membre du Comité grec contre la dette devant la Commission Sociale de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe le 24 janvier 2012 à Strasbourg :

 "Les services publics sont liquidés ou privatisés avec comme conséquence que les lits d’hôpitaux sont réduits (par décision gouvernementale) de 40%, qu'il faut payer très cher même pour accoucher, qu’il n’y a plus dans les hôpitaux publics des pansements ou des médicaments de base comme des aspirines (...) Des dizaines de milliers de citoyens grecs handicapés, infirmes ou souffrants des maladies rares se voient condamnés à une mort certaine et à brève échéance après que l’Etat grec leur a coupé les subsides et les médicaments. Le nombre de tentatives de suicide s’accroît à une vitesse hallucinante..."  



 

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Clovis Simard 20/06/2012 17:23


Blog(fermaton.over-blog.com),No-25: SCIENCE INCONNUE ? Celle de l'avenir ?.